Jean Pierre Boyer

Jean Pierre Boyer

Fils d'un créole blanc et d'une africaine affranchie, Jean-Pierre Boyer naquit à Port-au-Prince le 28 février 1776. Il appartient à la classe des hommes de couleur, dite mulâtre, et il a été le second d'entre eux qui ait exercé assez longtemps le pouvoir suprême pour que l'histoire accorde une place à sa mémoire. Il montra sa bravoure dans la révolution de la partie française de Saint-Domingue, en 1792, au moment où, par les fautes de l'assemblée coloniale, les hommes de couleur libres se réunirent aux esclaves noirs. Réunis, ils secouèrent leurs fers et conquirent la liberté, avant que la Convention de France n'eût décrété l'abolition de l'esclavage (29 août 1793). Les planteurs ayant livré le môle Saint-Nicolas aux Anglais (22 octobre 1793), Boyer, sous la direction des commissaires de la métropole et du général Beauvais, les combattit, se distingua au fort Biroton, dans la défense de Léogane, et dans des affaires périlleuses à la Grande-Anse. Toussaint Louverture, l'un des chefs des Noirs, qui avait repris le fort Saint-Nicolas, se sépara alors des Mulâtres. Boyer, qui s'était retiré à Jacmel, le combattit sous les ordres de Rigaud. Mais son parti succomba momentanément, et Boyer, qui n'était encore que chef de bataillon, se réfugia avec Pétion et les autres en France. Car les planteurs, par leur orgueil et leur cruauté, avaient fini par réunir contre eux les Métis et les Noirs; la Convention, en prononçant l'abolition de l'esclavage, ne fera que consacrer un fait accompli. Christophe se fit remarquer de Toussaint-Louverture, généralissime des insurgés, en 1797. Il fut élevé au grade de général de brigade, et contribua tout à la fois à l'expulsion des Anglais, qui avaient envahi l'Ouest de l'île (1798), et à l'expédition qui opéra momentanément la réunion de la partie orientale occupée par les Espagnols (janvier 1801). Malgré son état primitif d'esclave, Christophe passe pour avoir eu des manières distinguées. Il parlait aussi facilement l'anglais que le français, et il affectait pour le protestantisme une tendance qui vint peut-être de son insuccès auprès du chef de l'Église romaine (3). 1) Christophe avait prodigué les titres nobiliaires sous des dénominations dont un grand nombre prêtaient au ridicule, comme celles de prince de Trou-Dondon, duc de la Marmelade, comte de Limonade, baron du Berceau, de la Seringue, etc. Ces noms étaient ceux d'anciennes plantations; mais ils furent prodigués sans mesure et sans intelligence. (2) A Sans souci, les ruines de certaines parties du palais de Christophe servent aujourd'hui de carrières de pierre tandis que, dans les plaines sucrières, les vestiges des anciennes habitations coloniales disparaissent, surtout depuis dix ans, à un rythme qui va en s'accélérant. (3) L'acte du 28 mars 1811, qui investit Christophe de la royauté, était calculé de manière à lui ménager l'appui du clergé catholique, auquel il accordait un archevêque et plusieurs évêchés.

Haut de page